12 septembre 2026
Nous étions à Yamoussoukro
L'AS Espoir d'Adzopé siégeait ce samedi 12 septembre à l'assemblée générale élective de la Fédération ivoirienne de football, à Yamoussoukro. Au programme du mandat qui s'ouvre : « Transformer pour durer », des subventions revalorisées à tous les étages du football ivoirien, et une ambition affichée pour 2030.

Ce samedi 12 septembre 2026, à dix heures, la salle C de la Fondation Félix Houphouët-Boigny pour la recherche de la paix a accueilli l'assemblée générale élective de la Fédération ivoirienne de football. L'AS Espoir d'Adzopé y siégeait par la voix de son délégué.
Une assemblée élective n'est pas une cérémonie. C'est le rendez-vous, tous les quatre ans, où le football ivoirien se réunit: les clubs affiliés actifs entrent dans une salle, et ils en sortent l'équipe qui conduira la fédération pour le mandat suivant. Adzopé était dans cette salle.
Un scrutin de rassemblement
Un seul dossier a été déposé pour la présidence, celui du président sortant, Yacine Idriss Diallo, le 10 août. La commission électorale a arrêté la liste provisoire le 14 août.
Ce n'était pas écrit d'avance. Trois responsables s'étaient positionnés avant de retirer leur candidature : Malick Tohé, premier vice-président de la fédération, Souleymane Cissé, président du Racing Club d'Abidjan, et Ibrahim Diallo. Malick Tohé s'en est expliqué publiquement à Yamoussoukro le 3 septembre : il a parlé d'un projet d'unité et d'une liste commune, plutôt que d'une campagne qui aurait partagé les voix.
Le contraste avec 2022 éclaire ce choix. Il y a quatre ans, dans la même fondation, trois hommes se disputaient la présidence. Didier Drogba était sorti au premier tour avec 21 voix. Au second, Yacine Idriss Diallo l'avait emporté par 63 voix contre 61 à Sory Diabaté. Deux voix d'écart, et une famille du football coupée en deux. Quatre ans plus tard, ces mêmes responsables se présentent ensemble.
Une voix, et elle compte
Toutes les voix ne pèsent pas le même poids dans cette salle. Un club de Ligue 1 en détient trois, un club de Ligue 2 deux, un club de Division 3 une seule. L'AS Espoir d'Adzopé vote donc avec une voix.
Une seule, mais qui compte. Il suffit de revenir au scrutin de 2022 pour le mesurer : la présidence s'y est jouée à deux voix d'écart, soit exactement le poids de deux clubs de Division 3.
Et cela donne au maintien une portée que le classement ne dit pas. Rester en Division 3, ce n'est pas seulement conserver sa dotation : c'est conserver sa voix à l'assemblée. Ce que le club va chercher sur le terrain, il le retrouve dans cette salle.
On vote une liste, pas des sièges pris individuellement
Le scrutin ne portait pas sur des postes disputés séparément, mais sur une liste : le président et les membres du Comité exécutif présentés ensemble, élus ensemble. La proclamation le dit dans ses termes mêmes :
Est déclarée vainqueur la liste conduite par M. Yacine Idriss Diallo.
C'est ce qui donne sa portée au ralliement de Malick Tohé. En renonçant à sa candidature début septembre pour une liste commune, il ne retirait pas seulement un nom du scrutin présidentiel : il réunissait deux équipes en une seule. C'est cette équipe qui conduira la fédération pour quatre ans, et dont dépendront le calendrier, les règlements et l'accompagnement des clubs.
« Transformer pour durer »
C'est le nom du projet présenté par Yacine Idriss Diallo pour le mandat 2026-2030. Il succède à « Rassembler pour développer », le mot d'ordre de 2022, et le président sortant assume le changement de verbe :
Nous ne pouvons plus nous contenter de gérer nos acquis. Nous devons transformer notre football pour lui permettre d'être toujours plus performant dans la durée.
Il s'appuie sur un bilan qu'il résume en quelques titres : la stabilité retrouvée après une crise institutionnelle, le sacre à la CAN 2023 à domicile, et le retour de la Côte d'Ivoire à la Coupe du monde après douze années d'absence. « Nous pouvons être fiers de ce que nous avons accompli, mais nous ne pouvons nous arrêter là », a-t-il déclaré.
Le projet tient en six chantiers : des clubs plus forts, conçus comme de véritables entreprises sportives ; des compétitions plus attractives, avec la billetterie numérique et une plateforme FIF TV ; la détection et la formation des jeunes ; le football féminin, avec la création d'une ligue professionnelle annoncée avant la fin du mandat ; une fédération plus transparente, aux mécanismes de contrôle renforcés ; et la performance installée dans la durée, pour les sélections comme pour les clubs engagés en Afrique.
Des subventions revalorisées
C'est l'annonce la plus concrète du programme. Elle concerne les clubs de Ligue 1, de Ligue 2 et de Division 3, le football féminin et les groupements d'intérêt. Les dotations annuelles passeraient de :
- Ligue 1 : de 100 à 140 millions de francs CFA
- Ligue 2 : de 50 à 70 millions
- Division 3 : de 30 à 40 millions
- Football féminin : de 10 à 15 millions
- Groupements d'intérêt : de 15 à 20 millions
Le président Yacine Idriss Diallo présente cette hausse comme un « changement d'échelle majeur », tout en refusant d'en faire une fin en soi : « Derrière ces chiffres, il y a une ambition. Mais derrière ces chiffres, il y a beaucoup de travail. » L'horizon fixé est celui de clubs qui ne vivent plus de la seule subvention fédérale, mais construisent leur propre modèle : trouver des partenaires, fidéliser leurs supporters, valoriser leur image, investir dans leurs infrastructures. « Nous voulons des clubs plus forts. Des clubs mieux structurés. »
Ce que cela dit à un club comme le nôtre
Cette phrase-là, nous la connaissons. La feuille de route de la fédération décrit, chantier après chantier, le travail que l'AS Espoir d'Adzopé a déjà engagé. Nous ne découvrons pas ce cap : nous le suivons depuis plusieurs saisons.
Un club conçu comme une entreprise sportive. Le club s'est doté d'un plan à l'horizon 2030 dont l'objectif est nommé sans détour : couvrir ses charges par ses propres recettes, et cesser de dépendre d'un petit nombre de gros contributeurs. Le sponsoring y est traité pour ce qu'il est, un appui à chercher, jamais une garantie sur laquelle bâtir.
Diversifier les ressources. Le Parc des Tigres devient un hub sportif et le trait d'union entre le club et sa base de supporters ; la Terrasse ouvre ; la boutique se monte ; l'Association des Supporters de l'ASPEA organise l'engagement de la communauté. Un ensemble d'éléments individuellement peu impactants, mais dont le potentiel cumulé est important. Ce sont des projets qui dessinent un club qui produit ce qu'il consomme.
Fidéliser les supporters, valoriser son image. L'A.S.A, ce site, la boutique et les réseaux du club vont tous dans le même sens : faire du supporter un membre, et de la communauté une ressource.
Investir dans ses infrastructures. Le Parc des Tigres n'a pas été reçu en don, il a été construit, sur un terrain qui était un marécage. Sa modernisation, revêtement et éclairage en tête, est le chantier qui commande tous les autres.
Détecter et former. L'École du Tigre travaille depuis huit ans, avec un suivi individuel des joueurs. Le renforcement annoncé de la Direction technique nationale dans les régions, le développement des compétitions de jeunes et l'accompagnement médical et social en province rejoignent exactement ce que nous faisons, souvent avec les moyens du bord.
Se structurer et rendre des comptes. Le club a engagé la refonte complète de sa comptabilité et de sa gouvernance. Ce n'est pas la partie visible du travail, mais c'est celle qui conditionne tout le reste.
Nous ne réclamons donc pas un changement de cap : nous demandons que celui-ci soit la norme. Le programme fixe le bon horizon. Il reste à le faire arriver jusqu'aux clubs de région, et c'est là que se jugera le mandat.
Le résultat
La liste conduite par Yacine Idriss Diallo a recueilli 123 voix, soit la totalité des suffrages exprimés : 42 en Ligue 1, 42 en Ligue 2, 34 en Division 3 et 5 pour les groupements d'intérêt. Aucune voix ne s'est portée contre elle.
L'assemblée réunissait 89 votants : 16 clubs de Ligue 1, 28 de Ligue 2, 40 de Division 3 et 5 groupements d'intérêt, pour 149 voix au total. Cinq bulletins ont été déclarés nuls et dix blancs.
Deux chiffres méritent d'être mis côte à côte. Ligue 1 et Ligue 2 pèsent exactement le même poids, 42 voix chacune, alors que l'une compte seize clubs et l'autre vingt-huit. Et la Division 3, avec ses quarante votants, forme près de la moitié de la salle.
« Pour le moment, Gianni Infantino a notre soutien »
Proclamé vainqueur, le président réélu a pris la parole au nom de sa liste. Il a d'abord rendu grâce à Dieu et remercié le président de la République, le gouvernement, la FIFA et la CAF, avant d'aborder les tensions qui traversent l'instance mondiale :
Nous ne pouvons nier la tempête qui souffle actuellement sur la FIFA. Nous sommes respectueux des textes. S'il y a des désaccords, ils doivent être réglés à l'intérieur de la FIFA. Nous sommes en Afrique, nous soutenons la FIFA. Nous avons nos problèmes qui ne sont pas les problèmes de l'Europe. Pour le moment, Gianni Infantino a notre soutien.
Ce que nous retenons
L'ASPEA participait donc à sa toute première AG élective. Nous sommes venus siéger, écouter et voter. Une voix, celle d'un club né d'un quartier d'Adzopé en 2009, déposée dans la même urne que celles des plus grands du pays.
Le tigre gravit tous les rangs. Celui-ci en est un.