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31 octobre 2026 · Chronique

La CAN tous les deux ans : bonne nouvelle pour qui ?

Par La Plume rayée

Le 20 décembre 2025, la CAF annonçait une Coupe d'Afrique tous les quatre ans. Le 29 octobre 2026, son Comité exécutif est revenu au rythme de toujours, à l'unanimité. Avant d'applaudir ou de siffler, comptons qui gagne et qui perd.

Dix mois. C'est le temps qu'aura duré la CAN tous les quatre ans, sans qu'une seule édition se joue sous ce régime. Annoncée à Rabat en pleine CAN marocaine, la réforme devait aligner l'Afrique sur le calendrier mondial et laisser la place à une Ligue des nations africaine, jouée chaque année sur le modèle européen. Le 29 octobre, le Comité exécutif de la CAF a tout remis à plat : la CAN redevient biennale. La prochaine se jouera en 2027 au Kenya, en Tanzanie et en Ouganda.

La raison donnée est simple, et elle a le mérite de la franchise : la Ligue des nations aurait mis plusieurs années à rapporter assez d'argent. La CAN, elle, rapporte tout de suite. C'est la première source de revenus de la CAF, et donc, par ricochet, d'une bonne partie des fédérations du continent.

On peut se moquer du demi-tour. On peut aussi y voir une instance qui a consulté ses 54 associations et changé d'avis. Le plus utile, c'est de regarder à qui profite la décision.

Ceux qui y gagnent

Les fédérations, d'abord. Une CAN tous les deux ans, c'est deux fois plus de primes de participation, de droits redistribués, de matchs de qualification à domicile. Pour beaucoup de petites fédérations, ces revenus ne se remplacent pas. Ce n'est pas un hasard si la consultation a penché de ce côté.

Les sélections moyennes et petites. Quand la CAN revient souvent, une génération a plusieurs chances de s'y qualifier. Avec un tournoi tous les quatre ans, un joueur de vingt-cinq ans risquait de n'en jouer qu'un ou deux dans toute sa carrière, voire aucun. Pour un pays qui ne va jamais à la Coupe du monde, la CAN est la seule grande scène.

Les supporters. Nous le savons mieux que personne en Côte d'Ivoire. Janvier et février 2024 restent dans toutes les mémoires : un pays entier dans les stades et devant les écrans, une équipe donnée pour morte qui finit championne. Ce genre de moment, on préfère le vivre tous les deux ans que tous les quatre.

Ceux qui y perdent

Les clubs européens. Ils voient partir leurs joueurs africains en plein hiver, au cœur de la saison. Avec quatre ans d'écart, ils auraient respiré. Le retour au rythme biennal ne les fera pas sourire, et ce sont souvent eux qui pèsent sur le choix d'un joueur entre son club et sa sélection.

Les joueurs eux-mêmes, parfois. Entre le club, les qualifications, la CAN et la Coupe du monde, le calendrier d'un international africain ne laisse presque aucun repos. Une compétition de plus tous les deux ans, ce sont aussi des corps qui s'usent.

La crédibilité de la CAF. Annoncer une réforme historique, puis la retirer avant qu'elle ait commencé, ça laisse des traces. Les diffuseurs et les sponsors qu'on voulait convaincre avec la Ligue des nations ont besoin de règles stables. La prochaine grande annonce sera écoutée avec plus de prudence.

Et nous, en D3 ?

À Adzopé, la CAN ne se joue pas sur nos terrains. Pourtant, elle compte.

Elle compte parce que c'est elle qui fait rêver les enfants qui poussent la porte de nos écoles de foot. Un gamin qui a vu les Éléphants soulever la coupe en 2024 ne vient pas à l'entraînement de la même façon. Tous les deux ans, ce rêve se renouvelle.

Elle compte aussi parce que l'argent du football descend, quand il descend, du haut vers le bas. Une CAF qui gagne davantage peut aider davantage ses associations membres, et ce qu'elles reçoivent peut aider, un jour, le football des divisions inférieures. Peut-être. Ce n'est pas automatique, et c'est à suivre.

Ce qu'il faut retenir, c'est que la CAF a choisi la recette qui marche plutôt que le pari. Elle a sans doute raison pour ses comptes. Reste à voir si l'argent de chaque CAN servira à construire quelque chose sous la vitrine : des championnats plus solides, des formations mieux suivies, des clubs qui vivent toute l'année et pas seulement les soirs de grande fête.

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